Je suis resté 21 ans avec la première jeune femme qui a bien voulu de moi pour une histoire « sérieuse ». Au fil du temps et à travers cette relation, j’ai découvert « la volupté » du sexe. Cette femme avait beaucoup plus d’expériences dans ce domaine que moi.
Lorsque j’avais des relations sexuelles, j’avais la sensation de me shooter, de me droguer, une explosion se produisait en moi, et j’en voulais toujours plus. Je souhaitais performer, contrôler ma femme afin qu’elle devienne dépendante de moi dans ce domaine. Je la considérais inconsciemment comme une prostituée. Elle était aux services de mes fantasmes. Le sexe était devenu un dû et ma femme était un self-service sexuel.

Pour cette femme, je me suis mis en danger physiquement, financièrement, psychologiquement et spirituellement.
Finalement, elle est partie, me laissant deux adolescents à charge, une maison en construction en chantier, des crédits, des dettes considérables et une dépression morbide.
Cette femme était à la fois mon cauchemar et ma raison de vivre.
J’étais à deux doigts de me flinguer et de tuer toute ma famille. Dans un dernier appel au secours, j’ai contacté une réunion DASA à une centaine de km de chez moi.
Pendant des mois, en réunion, je pleurais. Je pouvais uniquement entendre les caractéristiques et certaines étapes. Les témoignages de rétablissement dans les conventions et congrès de différentes fraternités m’ont aidé. Puis le programme m’a travaillé. La capitulation et le travail des étapes peu à peu m’ont révélé le déni qui entourait ma vie depuis 41 ans : les violences de mon enfance dans une famille dysfonctionnelle au niveau relationnel, sexuel et vis-à-vis de l’alcool.
Dans l’attraction sexuelle, sensuelle, dans cette beauté irrésistible, il y avait quelque chose d’insupportable.
C’est comme si les abus, traumatismes passés ne me donnaient pas la dignité d’y avoir droit.
Alors, dans un premier temps, je m’exclus du droit de vivre ; puis par réaction, par colère, par revanche je me sers, je prends un shoot et je m’anesthésie.
J’anesthésie la mauvaise estime de moi-même, la profonde honte de ne pas avoir été celui, celle qui était attendu(e) par les autres et surtout par moi-même à différents carrefours de ma vie. Ça a l’air contradictoire mais c’était ma réalité !

Pour être plus clair, je me souviens régulièrement de cette anecdote : j’ai environ 8 ans, et après l’école je vais jouer au foot sur un terrain vague avec les copains. Je me prends pour Platini, Zico et j’entends l’angélus, quel beau nom n’est-ce pas pour évoquer les cloches qui tintent !
C’est l’heure de revenir, c’est environ 19h. Je fais un petit détour pour retrouver mon frère et rentrer avec lui. Il est 19h05, tout au plus 19H10. Ma mère nous attend sur le pas de la porte avec une branche, un rejet d’arbre auquel elle a enlevé les feuilles. Elle nous demande de passer, certainement nous dit que nous sommes en retard et avons tort. J’ai peur de passer. Je n’aime pas ce coup de fouet sur mes jambes nues ou sur mon dos. Parfois je passe vite pour esquiver mais elle me coince ensuite dans le salon. Parfois, je passe en même temps que mon frère aîné et c’est lui qui prend le coup, les coups. Il me protège.
Aujourd’hui, je me rends compte de la confusion qui s’est construite en moi : Le moment de plaisir sain (foot entre copains) s’associe à l’humiliation (un coup de fouet). C’est l’histoire de ma vie ! Chaque fois que je m’autorisais un beau moment, une belle rencontre, une réussite professionnelle, j’avais besoin de la saboter avec un shoot, alcool, drogue, travail, projets démesurés, sexe dysfonctionnel.

Dans le passé, je ne me suis jamais senti reconnu et accueillis au sein de ma famille, dans mes relations amoureuses, dans ma profession. J’ai toujours eu l’impression de jouer un rôle, d’être un « Monsieur » Bovary qui fantasmait sa vie au lieu de la vivre.
Aujourd’hui, par la grâce de DIEU, ma vie se transforme chaque jour dans tous les domaines : Une grande partie de mes dettes est réglée, mon attitude addictive dans mon travail s’est transformée en progrès professionnel, mes relations avec mes proches s’améliorent et j’expérimente une relation amoureuse saine, choisie consciemment, en étant accompagné par mon parrain et les amis du programme. Ma priorité reste le programme en 12 étapes et ma relation à ma Puissance Supérieure.

Ma PS, le service, être filleul, être parrain, le travail des étapes, le lien avec les amis, les appels soutiennent mon rétablissement et je peux voir à quel point dans le passé, mes blessures dirigeaient ma vie.

Je suis infiniment reconnaissant pour le chemin parcouru et l’espoir du chemin à parcourir.